Ces maladies inventées par les laboratoires


Vendre de la maladie : L’industrie pharmaceutique et les marchands de maladies.

Il est possible de se faire beaucoup d’argent en faisant croire aux gens en bonne santé qu’ils sont malades. Les compagnies pharmaceutiques sponsorisent de nombreuses maladies et en font la promotion auprès des prescripteurs et des consommateurs. Ray Moynihan, Iona Heath, et David Henry donnent quelques exemples de ce “commerce de la maladie” et proposent des pistes afin de prévenir la croissance de cette pratique.

Il y a beaucoup d’argent à se faire à dire aux gens en bonne santé qu’ils sont malades. Certaines formes de médicalisation de la vie courante pourraient se voir plus justement décrites comme étant un commerce de la maladie : élargir les frontières de la maladie traitable dans le but de développer des marchés pour ceux qui en vivent, qui vendent et délivrent des traitements (1), (2). Les compagnies pharmaceutiques sont activement impliquées dans le parrainage de la définition de la maladie, et en font la promotion aussi bien auprès des prescripteurs que des consommateurs. La construction sociale de la maladie a été remplacée par une construction corporatiste de la maladie.

En considérant que certains aspects de la médicalisation font toujours l’objet de débat, les mécanismes du commerce corporatiste de la maladie, et son impact sur la conscience du public, sur la pratique médicale, la santé humaine et les budgets nationaux, ont fait l’objet de peu d’analyses critiques.

Plusieurs catégories d’alliances informelles sur la maladie ont vu le jour, comprenant des personnes appartenant à des sociétés du médicament, des docteurs et des groupes de consommateurs. En s’engageant ostensiblement à toucher le public afin de lui faire prendre conscience de certains problèmes médicaux “sous-diagnostiqués” et mal “soignés”, ces alliances tendent à promouvoir une vision de leur condition particulière comme étant largement répandue, sérieuse et traitable. Parce que ces campagnes “de prévention de la maladie” sont habituellement associées aux stratégies marketing de certaines sociétés, elles opèrent dans le but de développer un marché, pour ainsi faire de la place à de nouveaux produits pharmaceutiques. Les approches alternatives qui mettent l’accent sur l’histoire naturelle relativement bénigne ou limitée d’un problème de santé, ou l’importance des stratégies personnelles, sont étouffées ou ignorées. Comme l’écrivain médical Lynn Payer l’avait observé, les marchands de maladies “rongent la confiance en soi(2).

Bien que certains professionnels ou consommateurs sponsorisés puissent agir indépendamment, et avec des motivations honorables, dans de nombreux cas la formule est la même : les groupes et/ou campagnes sont orchestrés, rémunérés et facilités par des intérêts corporatistes, souvent via leurs relations publiques et leur infrastructure marketing.

Résumé

  • Certaines formes de “médicalisation” seraient mieux décrites comme étant un “commerce de la maladie”, en prolongeant le périmètre de la maladie traitable afin d’étendre les marchés de la vente de nouveaux produits.
  • Des alliances entre fabricants pharmaceutiques, médecins et groupes de patients, ont recours aux médias afin de poser des conditions médicales comme étant très répandues et sévères.
  • Le commerce de la maladie peut comprendre le fait de transformer des indispositions ou des maladies bénignes en véritables problèmes médicaux, en voyant partout des symptômes sérieux, en traitant des problèmes personnels sans importance comme médicaux, en considérant certains risques comme des maladies à part entière et en faisant des estimations pour maximiser des marchés potentiels.
  • L’information sur la maladie, financée par les corporations, devrait être remplacée par une information indépendante.

Une des clés stratégiques des alliances est de viser les médias en créant des histoires effrayantes afin de répandre une peur sur une condition ou une maladie, et attirer l’attention sur le dernier traitement existant. Ces entreprises font leur promotion via des consultants, présentés comme “experts indépendants”, des groupes de consommateurs étant les “victimes” et les relations publiques des sociétés fournissent aux médias les éléments à propos des dernières découvertes médicamenteuses sur le sujet.

Une médicalisation inappropriée porte les dangers d’un étiquetage inutile, de décisions de traitements médiocres, de maladies iatrogènes et d’un gaspillage économique aussi bien que de dépenses opportunistes qui en résultent lorsque les ressources sont détournées de la prévention et du traitement de maladies plus sérieuses. A un niveau plus étendu, cela pourrait nourrir des obsessions hypocondriaques (3), mystifier ou obscurcir les explications sociologiques ou politiques des problèmes de santé (4), et focaliser inutilement l’attention sur des solutions pharmacologiques, individuelles ou privées (3). Plus concrètement et immédiatement, les coûts des nouveaux médicaments visant un public essentiellement en bonne santé, menacent la viabilité des systèmes de santé publics (5).

Les récentes discussions à propos de la médicalisation (6) ont insisté sur les limites de telles critiques (1), sur l’impact handicapant d’un establishment médical puissant. Les écrivains contemporains affirment que la population est devenue plus active, mieux informée sur les risques et les bénéfices, se méfie davantage des autorités médicales, et accepte moins passivement cette incursion de la juridiction médicale dans leurs corps et leurs vies. Bien que ces points de vue puissent annoncer un débat plus mature à propos de la médicalisation, l’érosion de la confiance dans l’opinion médicale renforce le besoin, chez un public plus large, d’une analyse des rôles de l’industrie dans ces processus.

Dans ce papier, nous ne visons pas une classification compréhensible ni définitive des descriptions du commerce de la maladie, nous attirons plutôt l’attention sur un phénomène important, mais peu connu. Nous identifions des exemples, venant d’Australie, bien qu’universellement répandus, qui représentent cinq exemples de ce commerce de la maladie : les processus ordinaires ou indispositions de la vie courante classés comme problèmes médicaux, des symptômes légers dépeints comme représentatifs d’une maladie sérieuse, des problèmes personnels ou sociaux considérés comme médicaux, des risques conceptualisés comme des maladies, et l’importance d’une maladie surestimée afin de maximiser la taille du problème médical. Ces groupes ne sont pas mutuellement exclusifs et certains exemples entrent dans plusieurs catégories.

Source: http://www.letransmuteur.net/ces-maladies-inventees-par-les-laboratoires/#more-2722

par Sortir du Chaos et de l'illusion

6 commentaires sur “Ces maladies inventées par les laboratoires

  1. Lizette – très bon document qui surtout vraiment dans la réalité un livre à lire : LA MAFIA MEDICALE par le Docteur Guylaine LANCTÔT (1994) – Edition Voici La Clef (CANADA)

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