Le point sur l’irradiation des aliments


12 mars 2010

Au moment où l’accent est mis sur la réduction des pesticides pour la conservation des produits alimentaires, il est opportun de considérer une méthode physique, l’irradiation, que l’on pourrait croire alternative à la lutte chimique, mais qui n’est pas exempte d’effets indésirables.

L’irradiation des aliments est une pratique assez répandue dans le monde mais peu médiatisée, dont la CRIIRAD (Commission de Recherche et d’Information Indépendantes sur la Radioactivité) vient de rappeler les principes et le champ d’application.

Elle consiste à exposer les aliments ou lesingrédientsIngrédientsSubstances, y compris les additifs alimentaires, utilisées dans la fabrication ou la préparation d’une denrée alimentaire à des rayonnements ionisantsRayonnements ionisantsRayonnements électromagnétiques ou corpusculaires possédant une énergie suffisante pour rompre les liens chimiques et entraîner la formation d’ions (particules chargées) provoqués par des accélérateurs d’électrons (rayonnements bêta) ou des sources radioactives émettrices de rayonnements gamma de haute énergie (de 0,075 jusqu’à 10 kGy [1] ).

Selon les doses de radiation employées, les objectifs peuvent être soit de prolonger la durée de conservation (pour le stockage ou le transport), soit d’assurer une décontamination par différents processus :

  • inhibition de la germination des bulbes et tubercules (oignons, pommes de terre) ;
  • ralentissement du mûrissement et du vieillissement des fruits et légumes ;
  • limitation des populations d’insectes ou de moisissures infestant et dégradant les denrées (céréales, fruits et légumes secs) ;
  • stérilisation des aliments en éliminant les parasites et les microorganismes pathogènes.

Bien que ces doses soient suffisantes pour tuer des organismes supérieurs, elles n’inactivent pas les toxines/mycotoxinesMycotoxinesContaminants naturels de nombreuses denrées d’origine végétale, produits par certaines moisissures (ou champignons) sur les plantes au champ ou au cours du stockage. libérées par les bactéries et les champignons. En revanche, elles peuvent détruire des vitamines et entraîner la formation de substances néoformées ou de radicaux libres préjudiciables à la salubrité des aliments ou à leurs propriétés organoleptiquesOrganoleptiquesPropriétés d’une substance capable d’affecter un récepteur sensoriel (toucher, goût, odorat)..

Les composés néoformés par l’irradiation des lipides, tels que les alkylcyclobutanones, potentiellement cancérigènes ou génotoxiques, ont donné lieu à de rares études toxicologiques.

Par ailleurs, un avis de l’AfssaAfssaAgence française de sécurité sanitaire des aliments (2007) fait allusion à des réactions chimiques dans les matériaux plastiques servant à emballer les denrées irradiées à moins de 10 kGy, dont les produits de dégradation sont susceptibles de migrer dans les aliments. Il y a actuellement une lacune dans la réglementation sur les risques sanitaires pour ces doses d’irradiation.

 

Au niveau international, la généralisation de cette technique a été rendue possible depuis que l’OMSOMSOrganisation mondiale de la santé a laissé à l’AIEAAIEAAgence Internationale de l’Energie Atomique la responsabilité principale dans la recherche sur la sécurité des aliments irradiés (1959). Par la suite a été créée une Division mixte FAOFAOOrganisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture (Food and Agriculture Organization)/AIEAAIEAAgence Internationale de l’Energie Atomique des techniques nucléaires dans l’alimentation et l’agriculture (1964).
Après quelques discussions sur un seuil d’irradiation à 10 kGy, l’
OMSOMSOrganisation mondiale de la santé (1999) puis le Codex AlimentariusCodex AlimentariusCommission mixte émanant de l’OMS et de la FAO (2003) ont finalement statué sur l’innocuité des aliments irradiés, ceci quel que soit l’aliment considéré et quelle que soit la dose de radiation utilisée. Ces autorisations seraient opposables lors de différends à l’OMCOMCOrganisation mondiale du commerce, en cas de controverses sur des marchandises importées.

Au niveau européen, l’ionisation des denrées et ingrédientsIngrédientsSubstances, y compris les additifs alimentaires, utilisées dans la fabrication ou la préparation d’une denrée alimentaire alimentaires est soumise à la Directive cadre 1999/2/CE et à la Directive de mise en oeuvre 1999/3/CE [2]. Ceci ne concerne que les condimentsCondimentsSubstances ou préparations ajoutées à un aliment pour en relever le goût. végétaux, les épices et les herbes aromatiques séchées (à la dose maximale de 10 kGy). Cette liste demeure donc limitée à un seul type de produits depuis 10 ans.

La directive précise entre autres que « l’irradiation n’est autorisée que si elle n’est pas utilisée pour remplacer des mesures d’hygiène et de santé ou de bonnes pratiques de fabrication ou de culture » et que « le traitement par irradiation ne peut être utilisé en combinaison avec un traitement chimique ayant le même objectif que celui dudit traitement« .

Le Journal officiel de l’Union européenne indique que chaque Etat membre peut autoriser d’autres catégories d’aliments et à des doses variables. Ainsi, les limites de radiation pour l’ail, l’oignon et l’échalote peuvent aller de 0,075 kGy (France) à 0,2 kGy (Royaume-Uni). En absence de consensus communautaire, seules la Belgique et la France autorisent l’irradiation des herbes aromatiques surgelées (à 10 kGy). [3]

Hormis la France, on dispose d’informations réglementaires pour six autres Etats européens [4] pratiquant l’ionisation des denrées, l’Allemagne ne figurant pas parmi les pays globalement favorables à ce traitement.
80% des tonnages irradiés le sont en Belgique, aux Pays-Bas et en France. En 2007, les produits les plus irradiés sont les cuisses de grenouilles, les fines herbes, les épices et la volaille.

Douze Etats membres possèdent des unités d’irradiation agréées sur leur territoire (classées INB Installations nucléaires de base). [5]

 

En France, des contrôles périodiques peuvent être effectués par la DGCCRF. Ceux-ci sont assez peu fréquents (100 à 200 échantillons/an) et concernent surtout des aliments importés extérieurement à l’Europe. En effet, aucune des installations d’irradiation dans les pays asiatiques n’est agréée par l’Union européenne.

L’étiquetage est obligatoire sur l’emballage qui doit mentionner « traité par rayonnements ionisantsRayonnements ionisantsRayonnements électromagnétiques ou corpusculaires possédant une énergie suffisante pour rompre les liens chimiques et entraîner la formation d’ions (particules chargées) » ou « traité par ionisation » mais sans indication de la date, du lieu et de la dose reçue, ce qui empêche la traçabilité, en particulier pour la restauration collective. Les aliments en vrac doivent être accompagnés d’un écriteau comportant les mêmes mentions.
Les matières premières ou
ingrédientsIngrédientsSubstances, y compris les additifs alimentaires, utilisées dans la fabrication ou la préparation d’une denrée alimentaire irradiés sont rarement indiqués et difficilement repérables dans les plats préparés ou les compléments alimentaires (l’irradiation n’étant pas autorisée pour ces derniers).
Le traitement par irradiation est interdit pour tous les produits issus de l’agriculture biologique, y compris les aliments pour animaux.

Le logo « Radura » (d’utilisation nord-américaine), visible sur certains produits importés et recommandé par le Codex AlimentariusCodex AlimentariusCommission mixte émanant de l’OMS et de la FAO pour son aspect « valorisant », reste facultatif en France.

Symbole RADURA
©
FAOFAOOrganisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture (Food and Agriculture Organization) et OMSOMSOrganisation mondiale de la santé 2010

L’irradiation des aliments (par exposition intentionnelle à une source de rayonnements ionisantsRayonnements ionisantsRayonnements électromagnétiques ou corpusculaires possédant une énergie suffisante pour rompre les liens chimiques et entraîner la formation d’ions (particules chargées)) ne rend pas l’aliment radioactif . Elle ne doit pas être confondue avec la contamination radioactive (incorporation par la plante ou l’animal d’éléments ou composés radioactifs polluants qui se retrouvent dans les aliments).

On doit également la distinguer du procédé de « mutation induite par irradiation » qui consiste à irradier des semences (à < 500 Gy) ou des cultures de tissus végétaux (à < 20 Gy) afin d’induire des modifications génétiques de manière aléatoire chez les plantes cultivées. Cette technique de mutagenèse ne rentre pas dans le cadre de la législation sur les organismes transgéniques qui suppose une modification par insertion de gènes étrangers. Elle constitue donc un moyen supplémentaire de transformation du génome sans avoir à respecter la réglementation stricte applicable aux OGM. [6]
L’
AIEAAIEAAgence Internationale de l’Energie Atomique et la FAOFAOOrganisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture (Food and Agriculture Organization) ont à nouveau appuyé cette technologie dans une déclaration fin 2008.

 

 

Sources

  • Afssa. Revue des données récentes relatives à l’ionisation des denrées destinées à l’alimentation humaine. Rapport Afssa 07-0055, 2007 (rév. 2008), 18 p.
  • Afssa. Avis de l’Agence française de sécurité sanitaire des aliments relatif à l’emploi des matériaux et objets plastiques ionisés aux doses inférieures ou égales à 10 kGy et destinés au contact des denrées, produits et boissons destinées à l’alimentation : Recommandations. Afssa-Saisine n°2007-SA-0081, 2007, 5 p.
  • CRIIRAD. Trait d’union, février 2010, n° 47, p. 4-12.
  • EHLERMANN, Dieter A.E. The RADURA-terminology and food irradiation. Food Control, 2009, vol.20, n° 5, p. 526–528.

Dominique Vachez

 

par Sortir du Chaos et de l'illusion

4 commentaires sur “Le point sur l’irradiation des aliments

  1. Merci Indrana et Antinéa, oui les semences sont moins performantes et que dire du goût!!! Nos aliments sont fades….Je pense à la pomme de terre entre autre, bon celle-ci a été traitée aux OGM et il faut faire la différence de goût entre celle achetée en épicerie et celle bio, c\’est incomparable.

  2. Et puis , nous nous rendons compte aussi qu\’il y a eu quelques choses de fait car nos graines pour faire notre jardin ne donnent plus ce qu\’elles donnaient autrefois.. ON sème mais cela ne pousse pas…

  3. cela me rappelle que cette semaine je viens de voir deux films différents dont le sujet était sur les cultures et les OGM dont on avait ajouté une toxine mais dans le cours de la destruction une personne en avait pris pour sauver la ferme de ses parents et il y a eu des victimes paralysées ( botulisme) juste en arrosant les cultures …. cela se développait aussitôt dans le transport après la cueillette. Et pour l\’autre c\’était le venin de scorpion qui était ajouté pour servir d\’insecticide…

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