Les mystères de l’unité 731


Ce reportage, produit par le groupe « Marathon » (auquel nous devons Totally Spies ou Martin Mystère) et France 2 soulève un douloureux sujet : l’unité 731 de l’armée japonaise, qui utilisait des cobayes humains afin de développer des armes chimiques et bactériologiques. Au sortir de la première guerre mondiale, l’utilisation de tels armements à été proscrit par une convention de Genève en 1925, notamment après l’usage de gaz-moutarde. Malgré ce traité international, certains pays continuèrent de concevoir des armes biologiques ou chimiques.

Sur un plan purement stratégique, les armes bio-chimiques offrent l’avantage d’anéantir un ennemi sans toucher ni à ses infrastructures ni à ses ressources permettant ainsi la prise de butins plus importants. Les armes virales sont utilisées depuis le moyen-âge et ont été très populaires lors de la colonisation des Amériques, car les colons « offraient » aux amérindiens leur linge sale, imprégné de différents microbes contre lesquels les natifs se retrouvaient sans défense. De nos jours, les armes bactériologiques ou chimiques sont toujours interdites et espérons que nos tout-puissants pays se tiennent à des accords vieux de plus de 80 ans.

Le Japon quant à lui, était au début du vingtième siècle, une puissance expansionniste. Déjà maître de la Corée au XIXème siècle, il envahit en 1931 la Mandchourie, province frontalière avec la Corée. C’est dans cette province que les autorités japonaises installent la fameuse « unité 731 », loin des îles précieuses de l’archipel nippon.

Film reportage ici

Le reportage commence sur un constat alarmant : lors des procès des criminels de guerre japonais, aucun des dirigeants de l’unité 731 n’a été inquiété malgré les horreurs qu’ils ont eux-mêmes commandées. Malgré le silence qui couvre ce projet encore 80 ans plus tard, d’anciens intervenants témoignent aujourd’hui. L’un d’eux, Hyoshio Shinozuka fut envoyé en Mandchourie comme colon, et n’étant pas un soldat ne s’y voyait pas contraint par le devoir. Le second Teddy Tomihara, élève infirmier ne se doutait pas non plus de ce qui l’attendait dans sa nouvelle affectation.

L’unité 731 était dirigée par Shiro Ishii depuis 1932, mandaté pour créer des armes bactériologiques par le ministre de l’armée, Sadao Araki. C’est en 1937 qu’il déménagera son département de « prévention des maladies et de purification de l’eau » en Mandchourie près de la ville de Harbin. Monsieur Shinozuka se souvient d’une nuit de printemps en particulier, où ayant entendu de drôles de bruits dans les couloirs peu après la fin de la construction de nouveaux bâtiments, s’est vu renvoyé dans sa chambre, n’ayant rien à faire dans un « transfert de bûches ».

Ces mouvements étaient en fait des transferts de prisonniers destinés à devenir les cobayes de Shiro Ishii. L’euphémisme « bûche » pour désigner les prisonniers de ce camp était visiblement courante. La source des cobayes était la police secrète japonaise, qui pouvait répondre aux exigences des scientifiques en matière de sexe ou d’âge. Shinozuka et Tomihara étaient chargés de faire des injections et leurs anecdotes ne doivent représenter que la partie émergée de l’iceberg. On apprend tout de même que la construction des lieux étaient en partie pensée pour mater toute révolte de prisonniers grâce au déploiement de gaz mortel, que ce soit dans leur cellule ou en extérieur.

Malgré l’horreur ambiante, les 3 à 4000 employés du centre restent discrets, dans une loi du silence omniprésente et personne n’ose se confier à personne sur ces expériences immorales. Dans cette même optique de discrétion, toute tentative de démission étant considérée comme une désertion ainsi que la peur de finir parmi les cobayes ont du favoriser la relative motivation des employés de l’unité maudite. Pour couronner le tout, si un simple employé se trouvait contaminé pendant une expérience, il finissait par être étudié parmi les autres prisonniers (aller à l’hôpital aurait risqué de dévoiler l’opération).

En 1941, après l’attaque de Pearl Harbor, les japonais s’intéressent aux gaz mortels. Le centre d’Harbin contenait des chambres vitrées permettant le test de ces gaz. En 1942, des installations voisines élèvent des milliers de rats pour leur inoculer la peste et se servir de leurs puces comme vecteur, en imitant la méthode « naturelle » de propagation de cette maladie qui vida de près d’un tiers la population européenne à la fin du moyen-âge. Les plaines de Handa servaient de milieu pour les expérimentations en plein air, et leur accès formellement interdits pendant plusieurs jours aux populations locales. Ces expériences visait à tester l’efficacité des bombes remplies de puces après impact, pour savoir si les parasites pouvaient survivre à l’explosion. Les rares tentatives d’évasion lors des tests se sont soldés par des échecs, remis en place par des pare-chocs de camions.

Une autre spécialité de l’unité 731 était la vivisection (une espèce d’autopsie, mais sur un sujet vivant). Ainsi, Shinozuka fut chargé de nettoyer les corps avant les opérations avec un tuyau d’arrosage et une brosse et d’assister les médecins durant la dissection. Alors que la guerre fait rage en Chine, des apprentis-chirurgiens s’entraînent sur des victimes seulement anesthésiées. Comme le rappelle un ancien médecin de l’armée japonaise, le pire était la mentalité d’alors, car tous ces actes atroces étaient considérés comme « utiles » et donc pardonnable comme effort de guerre.

En août 1945 après l’explosion de la première bombe atomique à Hiroshima, l’unité 731 est condamnée, les membres sont rapatriés, les prisonniers gazés et brûlés et les bâtiments condamnés à la démolition, pour effacer toutes les traces des exactions. Le dernier train de rapatrié par le 15 août au soir, laissant le site ravagé par les flammes et les bombes de l’aviation.

De retour au Japon, les anciens employés de l’unité 731 sont renvoyés chez eux, avec l’ordre de répéter que la seule activité de l’unité concernait la prévention des épidémies et la purification de l’eau. Dès la reddition du Japon en septembre 1945, les autorités organisent les procès des criminels de guerre à Tokyo mais l’unité 731 reste assez puissante pour rester dans l’ombre et se faire oublier. Shiro Ishii finira paisiblement sa vie en dirigeant une pension de famille. Mais les résultats des 15 années d’expériences de l’unité restent introuvables, probablement échangés dans des tractations avec les américains contre le silence ou la liberté des personnes impliquées.

Aujourd’hui, le site d’Harbin est peu à peu transformé en lieu de mémoire, pour prétendre à figurer dans le patrimoine mondial. Le professeur d’histoire Masataka Mori enseigne à ses étudiants universitaires l’histoire de l’unité 731, en expliquant pourquoi eux mêmes ne sont pas au courant de cette page sombre de leur histoire et dénonçant les manuels scolaires, qui restent silencieux à leur tour. Mais la liberté de ton du professeur Mori a entraîné des menaces ou des manœuvres d’intimidation qui l’ont rendu méfiant.

Les autorités japonaises elles-mêmes ne desserrent pas les dents, mais s’engagent tout de même à nettoyer les stocks d’armes chimiques restant sur le sol chinois. A 300 km de Vladivostok près d’ Harbin, une colline abrite encore une réserve de plus d’un million d’obus chargés de gaz mortel.

Ce reportage fait la lumière sur une page oubliée de l’histoire, grâce aux témoignages des derniers survivants de ces évènements. Il serait facile de juger, de derrière un écran, ces hommes qui ont au mieux été des complices, au pire des bourreaux car en temps de guerre, dans un pays aussi idéologisant que l’était le Japon, ces derniers n’avaient peut être tout simplement pas le choix.

Malgré l’entrefilet sur les résultats des expériences, la réponse est incontestablement à chercher du côté américain, puisqu’ils ont pris possession de l’ensemble des infrastructures japonaises et que rien ne pouvait se faire sans eux. Il n’est donc pas gratuit de penser au cas de Wernher Von Braun et de ses missiles lorsqu’on évoque le nom de Shiro Ishii.

Rappelons nous que le fait même d’entendre parler de l’unité 731 n’est dû qu’à un heureux concours de circonstances, et que l’histoire du 20ème siècle doit regorger de projets secrets similaires, y compris du côté occidental….

par Sortir du Chaos et de l'illusion

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